Non localisée depuis sa dispersion à Drouot en 1865, une Sainte Élisabeth de Hongrie en marbre de Félicie de Fauveau, ayant appartenu à la duchesse de Berry, sera proposée le 18 octobre au château de Vayres par Artesia. Autour d’elle, un bureau Mazarin attribué à Renaud Gaudron et un modello de Juana Romani.
Une vente prestige aux portes de Poitiers
C’est dans le cadre du château de Vayres, à Saint-Georges-lès-Baillargeaux, à quelques minutes de Poitiers et de la gare TGV du Futuroscope, que la maison de ventes châtelleraudaise Artesia organise ses deux journées Prestige des 17 et 18 octobre. La session du dimanche, intitulée « Siècles classiques », réunit 339 lots, de la Haute Époque au XXe siècle, avec une nette dominante de mobilier et d’objets d’art des XVIIe et XVIIIe siècles. Le véritable événement de la vacation se trouve pourtant ailleurs, dans la section consacrée au XIXe siècle.
Félicie de Fauveau : la sainte Élisabeth de la duchesse de Berry
Estimée 15 000 à 20 000 euros, la Sainte Élisabeth de Hongrie de Félicie de Fauveau (1801-1886) est un marbre blanc de 66,5 centimètres, signé et accompagné du lion rampant qui servait d’emblème à l’artiste. La sculptrice, figure majeure du romantisme et du style troubadour, a payé cher sa fidélité aux Bourbons : engagée aux côtés de la duchesse de Berry lors du soulèvement vendéen de 1832, elle choisit ensuite l’exil à Florence, où son atelier devient une étape obligée du grand tour aristocratique.

Sainte Élisabeth de Hongrie, modèle conçu entre 1843 et 1845
Marbre blanc, signé « F de Fauveau »
H. 66,5 × L. 22,5 × P. 46 cm
Estimation : 15 000 – 20 000 €
© Artesia
L’œuvre illustre l’épisode le plus célèbre de la légende de la sainte : surprise par son époux alors qu’elle emporte en secret du pain pour les pauvres, Élisabeth voit les vivres se changer en roses. Fauveau a choisi l’instant qui suit le miracle. Le pan de manteau qui servait de besace est vide, et les fleurs jonchent déjà le rocher. La forme ample du drapé, creusée comme une vasque, laisse même supposer que la statue a pu être pensée comme un bénitier, l’une des typologies favorites de l’artiste.
Selon la maison de ventes, ce marbre serait la première version du sujet. Commandée en 1843 par une amie anglaise de la sculptrice, Mme Trotter, morte avant son achèvement, elle aurait été acquise en 1845 par la duchesse de Berry, qui l’installa dans son palais Vendramin, sur le Grand Canal à Venise. La statue fut ensuite dispersée avec les collections du palais lors de la vente de mai 1865 à l’hôtel Drouot, avant de disparaître des radars. Elle a été retrouvée dans une collection malouine, où elle était conservée par descendance depuis la fin des années 1970. Une seconde version, plus grande, commandée par l’impératrice Alexandra Fiodorovna, est aujourd’hui conservée au musée-réserve de Peterhof, à Saint-Pétersbourg. La redécouverte enrichit un corpus remis en lumière par la rétrospective de l’Historial de la Vendée et du musée d’Orsay en 2013.
Un bureau Mazarin attribué à Renaud Gaudron, tête d’affiche du mobilier
La plus haute estimation de la vente revient à un bureau dit « Mazarin » attribué à Renaud Gaudron (actif vers 1653-1727), attendu entre 20 000 et 25 000 euros. Daté vers 1680-1690, ce meuble à huit pieds gaines déploie sur fond d’ébène une marqueterie foisonnante de rinceaux, de roses épanouies et de vases fleuris, tandis que son plateau, centré d’un chiffre « BJ » entre deux lions rampants, reprend le répertoire d’ornements de Jean Bérain. L’attribution repose sur la parenté avec les bureaux que Gaudron, l’un des grands fournisseurs du Garde-meuble de la Couronne, livra en 1688 pour les appartements de Madame de Maintenon à Versailles.

Bureau dit « Mazarin », époque Louis XIV, vers 1680-1690
Placage et marqueterie de bois précieux sur fond d’ébène
H. 79 × L. 108 × P. 64 cm
Estimation : 20 000 – 25 000 €
© Artesia
Le goût Boulle trouve un prolongement plus tardif dans un bureau de pente estampillé de Philippe-Claude Montigny (1734-1800), estimé 10 000 à 15 000 euros. Laiton et ébène y composent un décor de grotesques, de danseurs et d’animaux fantastiques. Montigny, spécialiste de cette technique sous Louis XV et Louis XVI, fut d’ailleurs chargé de restaurer des meubles Boulle des collections royales. Les amateurs de sièges et de bureaux retiendront aussi un grand bureau plat estampillé de Jean Demoulin, ébéniste dijonnais passé par l’atelier de Migeon avant de servir le prince de Condé (8 000 à 12 000 euros).

Bureau de pente, époque Louis XV
Bois noirci, placage d’ébène et marqueterie de laiton, bronzes dorés ; estampillé
H. 96 × L. 96 × P. 45,5 cm
Estimation : 10 000 – 15 000 €
© Artesia
Juana Romani, Sustermans, Flers : les tableaux à suivre
Du côté de la peinture, le lot le plus séduisant est sans doute le petit panneau de Juana Romani (1867-1923), Primavera, daté de 1894 et présenté dans son cadre d’origine (10 000 à 15 000 euros). Il s’agit du modello du tableau exposé au Salon des artistes français de 1895 et aujourd’hui conservé au musée des Beaux-Arts d’Orléans, l’œuvre qui assura la notoriété de l’artiste italienne. Le visage du modèle y diffère de la version définitive. Le destin de Romani, internée à partir de 1904, rappelle celui de sa contemporaine Camille Claudel, et son œuvre bénéficie depuis quelques années d’un regain d’intérêt.

Primavera, 1894
Huile sur panneau d’ypréau, cadre d’origine
H. 29,5 × L. 21,8 cm
Estimation : 10 000 – 15 000 €
© Artesia
Pour le XVIIe siècle, un grand portrait en pied d’une dame à l’éventail, attribué au Flamand florentin Justus Sustermans (1597-1681), peintre de la cour des Médicis, est estimé 10 000 à 15 000 euros ; il conserve un imposant cadre italien d’époque en bois sculpté et doré. Le paysage romantique est représenté par une vaste Cueillette des pommes de Camille Flers (1802-1868), l’un des premiers peintres de plein air de la forêt de Fontainebleau, attendue entre 8 000 et 12 000 euros.
Une armure de samouraï et un cabinet de curiosités
La vente réserve aussi quelques échappées hors d’Europe. Une armure complète de samouraï de l’époque Edo, dont le casque porte l’emblème du clan Oda, est présentée avec son coffre de transport (8 000 à 12 000 euros). On notera encore une paire de vases chinois du XVIIe siècle, un plat de Nevers de la seconde moitié du XVIIe siècle ou des bronzes animaliers de Barye et de Mène, qui achèvent de donner à la vacation l’allure d’une demeure ancienne que l’on traverse pièce après pièce.

Armure complète de samouraï, avec son coffre de transport
Fer forgé et laqué, soie, cuivre doré
136 × 55 × 54 cm (en position assise)
Estimation : 8 000 – 12 000 €
© Artesia
Photographie en Une : © Monuments historiques, 1992.





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