Dimanche 17 mai, la maison Herbette disperse l’entier mobilier d’un château breton. Une vente sur place rare, portée par une collection constituée pendant trois décennies avec méthode et passion — et par quelques tableaux flamands et hollandais qui justifient à eux seuls le déplacement.


Il existe des ventes aux enchères qui ressemblent à des romans. Celle du château de Toulhouet, organisée demain dimanche 17 mai à La Vraie-Croix dans le Morbihan par la maison Denis Herbette, entre tout à fait dans cette catégorie. Une journée pour disperser l’intégralité d’une collection constituée pendant plus de trente ans par Monsieur et Madame Le Marhadour, dans le cadre même où elle a vécu. Un événement rare, qui retrouve quelque chose de l’esprit des grandes ventes de château du siècle dernier.

Les expositions publiques ont lieu aujourd’hui samedi 16 mai de 11h à 18h, et demain matin à partir de 10h, sur réservation par créneaux. Un dispositif qui dit d’emblée la nature de l’événement : non pas une vente de masse, mais une invitation dans une demeure privée, pour des amateurs éclairés.

Une collection documentée, achetée dans les plus grandes maisons

La qualité de la collection Le Marhadour tient d’abord à sa méthode de constitution. Tableau par tableau, meuble par meuble, le couple n’hésitait pas, selon le catalogue, à traverser la France pour dénicher la pièce rare qui compléterait le décor du château. Et les provenances le prouvent : Sotheby’s, Christie’s, l’Hôtel des Ventes de Monte Carlo, Bayeux Enchères, l’étude Oriot Dupont. Chaque acquisition importante est tracée, documentée, archivée. C’est cette rigueur qui donne à la vente sa crédibilité et son intérêt.

Passion flamande : Storck et Van Blarenberghe

La session du matin s’ouvre dans le Grand Salon avec deux lots qui justifient à eux seuls le déplacement. La paire de marines d’Abraham Storck, peintre amsterdamois spécialisé dans les caprices méditerranéens imaginaires, est estimée entre 20 000 et 30 000 euros. Les deux toiles, dont l’une signée, présentent des vues de ports animés d’une finesse et d’une richesse documentaire remarquables. Une expertise du cabinet Turquin sera remise à l’acquéreur. Leurs provenances successives chez Sotheby’s en 1991, Christie’s en 1992 et l’Hôtel des Ventes de Monte Carlo en 2014 témoignent d’une trajectoire de marché cohérente.

En pendant, la paire de vues attribuée à Henri-Joseph Van Blarenberghe, estimée dans la même fourchette de 20 000 à 30 000 euros avec un certificat de l’expert Xavier Goyet, illustre la passion des collectionneurs pour les scènes portuaires du XVIIIe siècle. Ces deux tableaux, dans un bel état de conservation, montrent toute l’animation d’une ville portuaire sous une lumière italianisante dans la lignée de Joseph Vernet.

On notera également un panneau parqueté de l’atelier de Govaerts représentant une allégorie de l’automne, estimé entre 15 000 et 25 000 euros, dont l’attribution à Jasper Van Der Laanen est documentée dans la bibliographie spécialisée, ainsi qu’un Lambert de Hondt représentant Orphée charmant les animaux de l’Arche de Noé, estimé entre 4 000 et 6 000 euros.

L’orfèvrerie, second point fort de la vacation du matin

La collection révèle une attention particulière à l’orfèvrerie française des XVIIe et XVIIIe siècles. La pièce maîtresse est une exceptionnelle paire de flambeaux en argent signés Alexis Micaleff, maître à Paris en 1756, estimée entre 5 000 et 8 000 euros. La qualité de la ciselure : godrons, guirlandes, coquilles feuillagées, cannelures alternées, justifie pleinement la qualification de chef-d’œuvre de l’orfèvre que lui attribue le catalogue. Autour d’elle s’organisent une rare verseuse en argent de Sedan vers 1760 signée Antoine Maret, estimée entre 3 000 et 5 000 euros, et plusieurs pièces parisiennes des années 1740-1790.

Meubles et objets : la colonne vertébrale

Le reste de la vente déploie un panorama du mobilier français du XVIIIe siècle tel qu’un couple d’amateurs sérieux pouvait le constituer en trente ans de collecte active. Parmi les pièces à suivre : une spectaculaire table à gibier Régence en chêne sculpté à dessus de marbre Campan, estimée entre 8 000 et 12 000 euros ; une rare statue équestre de Louis XIV sur socle en marbre rouge du Languedoc, estimée entre 5 000 et 8 000 euros ; une paire de candélabres Louis XIV en bronze ciselé et doré dans l’esprit de Boulle, estimée entre 5 000 et 10 000 euros, dont une paire comparable est conservée au Waddesdon Manor.

La session de l’après-midi, consacrée à la salle à manger et au salon vert, propose notamment un buste en terre cuite représentant Louis XV jeune estimé entre 5 000 et 8 000 euros, une rare commode Louis XV de forme asymétrique en bois des îles entre 4 000 et 6 000 euros, et une paire de fauteuils Louis XVI estampillée Séné, ébéniste de la Couronne, recouverts d’une tapisserie de Beauvais d’époque, estimée entre 2 500 et 3 500 euros.

Le château comme écrin

Ce que cette vente offre que les catalogues ne transmettent jamais tout à fait, c’est la vision des objets dans leur cadre d’origine. Denis Herbette le formule bien dans son avant-propos : c’est une chance, pour un commissaire-priseur et pour ses clients, de présenter des pièces de qualité dans leur environnement d’origine. La campagne morbihannaise fait le reste.

La vente se tient demain dimanche 17 mai à partir de 11h00 au château de Toulhouet, La Vraie-Croix, 56250.

Tous les lots à retrouver sur le catalogue de la vente :


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