Du 2 au 4 juillet 2026, nous réunissons à Paris dix-sept œuvres de dix peintres liés à Nantes, d’Henri-Pierre Picou à Maurice Chabas. Une exposition pour rouvrir une question longtemps tranchée d’avance : quelle fut, au XIXe siècle, la place réelle de la cité ligérienne dans la peinture française ?


On a pris l’habitude de raconter la peinture française comme l’histoire d’une seule ville. Paris concentrait l’École des beaux-arts, le Salon, les galeries et les grandes collections publiques ; la province, elle, n’aurait servi que de pépinière, livrant à la capitale ses talents avant de les laisser filer. C’est ce récit que nous avons voulu prendre à rebours.

Ville portuaire prospère, dotée d’une École des beaux-arts dès 1804 et d’une Société des Amis des Arts active tout au long du siècle, Nantes a formé des peintres, passé commande et constitué des collections. La question que nous posons est nette : entre 1800 et 1930, la cité fut-elle un foyer artistique à part entière, ou seulement un réservoir de talents partis pour Paris ? Nous nous gardons d’y répondre par une étiquette commode, et écartons la notion d’« école nantaise », que les œuvres ne justifient pas, pour lui préférer celle, plus juste, de scène artistique : un réseau de formation, de commande et de réception, sans unité de style imposée.

L’accrochage articule deux ensembles en dialogue. D’un côté, les peintres installés ou durablement ancrés à Nantes : François-Eugène Brillaud, venu s’établir dans la ville en 1884, dont La Porteuse d’eau dit le naturalisme tranquille des provinces ; Alexandre-Jacques Chantron, nantais de naissance et de mort, présent par trois feuilles qui font voir l’atelier au travail, de l’étude de nu au projet de Salon ; Henri Deville et Jacques Breton, enfin, attachés au motif urbain et à la mémoire de la ville. De l’autre, ceux qui ont fait carrière à Paris sans rompre le fil : Gaston Roullet, formé à Nantes auprès de Jules Noël avant de devenir peintre officiel de la Marine, et Maurice Chabas, dont la grande Brume d’automne, plus vaste toile du corpus, ouvre le parcours sur les recherches symbolistes du début du siècle.

Au centre de l’ensemble, nous avons placé une dynastie en guise de fil rouge. Henri-Pierre Picou (1824-1895), cofondateur du mouvement néo-grec aux côtés de Gérôme, Boulanger et Hamon, second grand prix de Rome en 1853 et exposant au Salon pendant près d’un demi-siècle, en est la figure emblématique. Ses deux dessins aux trois crayons préparatoires au décor de la cathédrale de Nantes, Judith et Vestale, offrent la démonstration la plus claire de notre propos : un peintre parisien de premier plan demeurant, jusque dans ses grandes commandes, en lien étroit avec sa ville d’origine. À ses côtés, son frère cadet Eugène, aquarelliste au double ancrage géographique, fait écho aux paysages urbains de Deville et de Jacques Breton, et prolonge la conversation entre Nantes et la capitale.

Réuni pour la première fois et largement issu de collections privées, le corpus couvre près d’un siècle de création et toutes les techniques, de l’huile sur toile au dessin aux trois crayons et à l’aquarelle. Albert Lemasson et Pierre Baudrier en repoussent les bornes jusqu’à l’entre-deux-guerres, signe que le foyer nantais n’a rien d’un feu de paille.

Trois passerelles thématiques, autour du plein air, du nu académique et du paysage urbain, ménagent enfin des comparaisons entre des artistes nés d’un même terreau mais aux destins dissemblables. C’est là tout l’enjeu de notre exposition : rendre sensible la porosité d’une frontière que l’on croyait étanche, entre ambition nationale et fidélité provinciale, et rendre à Nantes sa place dans une géographie artistique trop longtemps réduite à la seule capitale.

Peindre à Nantes. La scène artistique de Nantes, 1800-1930. Paris, vernissage le jeudi 2 juillet 2026, ouverture au public les vendredi 3 et samedi 4 juillet. Entrée libre. Commissariat : Hugues Logereau et Lola Maleuvre.


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