Jeudi 21 mai 2026, la maison Artcurial adjugeait à Paris un tronçon de l’escalier hélicoïdal original de la Dame de fer pour 450 160 euros, soit trois fois son estimation. Un résultat qui confirme, vente après vente, que les fragments du monument le plus visité au monde constituent un marché à part — cohérent, rare, et durablement solide.
L’escalier hélicoïdal d’origine de la tour Eiffel, conçu sous la direction de Gustave Eiffel pour l’Exposition universelle de 1889, reliait le deuxième au troisième étage du monument. En 1983, lors de travaux de modernisation destinés à installer de nouveaux ascenseurs, il fut démonté et découpé en vingt-quatre tronçons. Le 1er décembre de cette même année, vingt d’entre eux étaient dispersés aux enchères directement sur la tour, lors d’une vente organisée par Maîtres Ader, Picard et Tajan. C’est l’un de ces tronçons qui repassait sous le marteau jeudi chez Artcurial.
Estimé entre 120 000 et 150 000 euros, le lot : quatorze marches en acier et tôle rivetée, 2,75 mètres de hauteur, sur une base cruciforme, a finalement trouvé preneur pour 450 160 euros frais inclus, adjugé à un collectionneur français dont l’identité n’a pas été communiquée. « C’est un morceau de l’histoire de Paris« , commentait Sabrina Dolla, directrice associée chez Artcurial. « C’est ça qui fait sa valeur très forte parce qu’il s’agit d’un vrai vestige de cette époque.«
Il s’agit de la cinquième revente d’un tronçon de ce type par Artcurial depuis 2013. En 2016, un exemplaire comparable avait atteint 523 800 euros dans la même maison. Le record absolu reste établi depuis 2008, quand un acquéreur américain avait déboursé 552 750 euros chez Sotheby’s.

Quarante ans dans un entrepôt
Le tronçon adjugé jeudi avait une histoire particulière. En 1983, il avait été acquis pour 160 000 francs, soit environ 58 000 euros au cours actue, par un homme d’affaires français, qui l’avait conservé pendant quatre décennies dans un entrepôt. Jamais revenu sur le marché depuis sa première vente. Avant d’être proposé aux enchères, le tronçon avait été restauré par les ateliers en charge de l’entretien du monument, garants de la conservation de sa structure d’origine.
Sur les vingt-quatre tronçons démontés en 1983, trois ont été donnés à des musées français — le musée d’Orsay, la Cité des sciences et de l’industrie de La Villette et le musée de l’histoire du fer près de Nancy — et un quatrième est encore aujourd’hui exposé au premier étage de la tour Eiffel. Les vingt autres ont rejoint des collections privées ou des sites emblématiques : l’un est installé dans les jardins de la Fondation Yoishii à Yamanashi au Japon, un autre près de la Statue de la Liberté à New York, un troisième à Disneyland.
D’autres fragments sur le marché
Les tronçons d’escalier ne sont pas les seuls éléments de la Dame de fer à avoir circulé aux enchères. Lors de la fermeture de la salle Gustave Eiffel, qui occupait le premier étage du monument, la maison Chayette & Cheval avait dispersé son mobilier complet : quelque cent cinquante fauteuils et strapontins, tables, luminaires, et vingt-quatre mètres linéaires de garde-corps en fer forgé directement issus de la structure du monument. Des pièces moins spectaculaires que les tronçons, mais d’une authenticité comparable.
Des croisillons de fer provenant de la structure ont également circulé à Drouot, dans des ventes généralistes, aux côtés de pendules en forme de tour Eiffel et de boîtes à bijoux des Expositions universelles. Un marché de second rang, alimenté par les campagnes d’entretien successives du monument et par les collectionneurs de curiosités parisiennes.
Plus accessibles encore, les rivets. La Société d’Exploitation de la Tour Eiffel commercialise depuis 2019 un rivet officiel en édition limitée, fabriqué à partir du fer déposé lors des campagnes de rénovation, livré dans un coffret en bois avec certificat d’authenticité. Vendu 525 euros, il constitue l’entrée de gamme du marché Eiffel, loin de la dimension patrimoniale des tronçons, mais témoignage d’un intérêt pour la matière même du monument qui ne se dément pas.
Un marché stable depuis quarante ans
Ce qui distingue le marché des tronçons d’escalier, c’est sa remarquable régularité. Depuis 1983, chaque revente a produit un résultat compris entre 450 000 et 550 000 euros, avec des estimations systématiquement dépassées. La rareté est absolue, vingt exemplaires dans le monde, dont plusieurs en collections institutionnelles ou exposés publiquement, et dont une partie n’a probablement jamais vocation à repasser en vente. La traçabilité est totale, chaque tronçon est documenté depuis sa première vente, avec des provenances vérifiables. Et la charge symbolique est universelle.
Chaque nouvelle mise sur le marché d’un de ces morceaux est très attendue par les collectionneurs, les grandes institutions ou les sites prestigieux, majoritairement aux États-Unis, en Chine et dans les Émirats arabes unis. Le fait que l’acquéreur d’hier soit français, et que la pièce reste donc sur le sol qui a vu naître le monument, n’est pas anodin.





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