La semaine du dessin à Paris devait s’ouvrir avec la mise en vente d’une œuvre rare de la Renaissance allemande. Le Portrait de Susanna Pfeffinger de Hans Baldung Grien, annoncé le 23 mars, a finalement été retiré du marché après son classement en tant que Trésor national. La décision, prise par le ministère de la Culture par décret le 20 mars 2026, entraîne une interdiction temporaire de sortie du territoire et suspend immédiatement la vente.
Un témoignage direct de l’enseignement de Dürer
Réalisé en 1517, ce dessin à la pointe d’argent constitue un témoignage exceptionnel de la maîtrise technique de Baldung. Cette méthode, apprise auprès de Albrecht Dürer, repose sur un tracé direct sur un papier préparé, sans possibilité de correction. Elle exige une grande précision et une parfaite maîtrise du geste.
Le lien entre Baldung et Dürer est au cœur de l’importance historique de l’œuvre. À la mort de ce dernier en 1528, une mèche de cheveux est remise à son ancien élève, geste symbolique qui consacre Baldung comme l’un des héritiers de son enseignement. Le Portrait de Susanna Pfeffinger s’inscrit dans cette filiation directe.
Le dessin représente Susanna Pfeffinger, épouse de Friedrich Prechter, en buste de trois-quarts tourné vers la gauche. Le visage est construit par un réseau de lignes fines et régulières, avec un modelé subtil obtenu par la superposition de traits. L’ensemble se caractérise par une grande économie de moyens et une attention particulière portée à la structure du visage.
De petit format, la feuille mesure 15,7 × 10,4 cm. Elle est monogrammée « HB » en haut à gauche et datée « 1517 » en haut à droite. Sa rareté renforce son importance. Aucun autre dessin comparable de Baldung n’est aujourd’hui conservé en mains privées. Cette singularité explique son estimation, comprise entre 1,5 et 3 millions d’euros.

Un classement tardif qui bouleverse la vente
La vente devait être organisée à Paris par Beaussant Lefèvre & Associés, en collaboration avec le Cabinet de Bayser. Elle s’inscrivait dans le cadre de la semaine du dessin, moment clé du marché, qui attire chaque année collectionneurs et institutions internationales. L’œuvre avait suscité un intérêt marqué, notamment à la suite de sa présentation lors d’événements internationaux tels que la TEFAF Maastricht.
Le 20 mars 2026, le ministère de la Culture a confirmé l’avis de la Commission consultative des trésors nationaux, réunie le 18 mars. Le décret, publié au Journal officiel le 21 mars, souligne l’importance majeure de ce dessin pour le patrimoine national, tant sur le plan historique qu’artistique. Il précise également que les collections publiques françaises ne conservent actuellement aucune œuvre comparable.
Ce classement entraîne une interdiction temporaire d’exportation et ouvre un délai durant lequel l’État peut se porter acquéreur. Ce mécanisme vise à permettre l’entrée de l’œuvre dans les collections publiques.
La temporalité de la décision suscite des réactions. La demande de certificat d’exportation avait été déposée le 25 novembre 2025. L’annonce du classement intervient moins de quarante-huit heures avant la vente prévue, ce qui empêche son déroulement dans des conditions normales, malgré l’intérêt manifesté par plusieurs collectionneurs et institutions, notamment après la TEFAF Maastricht.
La maison de vente maintient toutefois la présentation de l’œuvre à Paris, permettant aux amateurs et professionnels de l’observer malgré la suspension de la vente.
Ce cas illustre les tensions persistantes entre les logiques du marché de l’art et les politiques de protection du patrimoine, dans un contexte où certaines œuvres, en raison de leur rareté et de leur importance historique, font l’objet de mesures de protection renforcées.
Visuel en UNE : Hans Baldung Grien (vers 1484/85-1545), Portrait de Suzanna Pfeffinger (détail), 1517. Pointe d’argent sur papier préparé à la poudre d’os, 15,7 x 10,4 cm. Vente Paris, Beaussant Lefèvre & Associés, 23 mars 2026. Estimé : 1 500 000/3 000 000 €. © Beaussant Lefèvre & Associés






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