Le 9 décembre 2025, Digard Auction consacre une vacation entière à l’univers foisonnant de Line Vautrin (1913-1997), figure majeure des arts décoratifs du XXᵉ siècle. Présentée salle 9 à l’hôtel Drouot, cette vente réunit l’un des ensembles les plus cohérents d’objets en bronze doré, argenté et émaillé de l’artiste, témoignage rare de son inventivité et de son humour poétique.
Au total, plus de soixante lots retracent la virtuosité technique et la fantaisie de celle que Patrick Mauriès surnommait « l’alchimiste du bronze ».
Un parcours entre rébus, poésie et artisanat d’exception
Dans les années 1930-1950, Line Vautrin développe un langage singulier où se mêlent motifs mythologiques, jeux de mots et références populaires. Ses boîtes, véritables sculptures miniatures, révèlent un traitement noble du bronze, oscillant entre patines vibrantes, dorures délicates et rehauts d’émail coloré.
Le catalogue rappelle combien l’artiste cultive un art « où la matière ne pèse pas, ne s’impose à peine, ne se voit qu’à la faveur d’un mouvement » (Patrick Mauriès).
Cette poésie visuelle se déploie dans une multitude de variations : animaux, sirènes, maximes, proverbes, visages étoilés ou compositions géométriques.
Les pièces phares de la vente
La boîte « Plume » (lot 1), datée vers 1945, ouvre la vacation avec une esthétique épurée où le bronze doré épouse la finesse d’une plume stylisée (1 000 – 1 500 euros).
Dans cet esprit naturaliste, la boîte « Les Roseaux » (lot 25), en bronze argenté, déploie un motif vertical d’une grande modernité (4 000 – 6 000 euros).
Parmi les œuvres les plus recherchées, plusieurs boîtes rébus, marque de fabrique de Vautrin, se distinguent.
La boîte « Après la pluie, luit le soleil » (lots 31 et 32) illustre à merveille ce goût du langage et de la symbolique (3 000 – 5 000euros).
La boîte « Si face à elle j’osais » (lots 11 et 12), déclinée en versions dorée et argentée, figure également parmi les modèles emblématiques (2 000 – 3 000 euros).
Plusieurs pièces s’inspirent de récits anciens :
- « Le Dompteur de lions » (lot 5), en bronze argenté (3 000 – 5 000 euros).
- « La Sirène et le Navire » (lots 18 et 19), figurant une sirène stylisée apparaissant sur la couverture du catalogue de 2003 (4 000 – 6 000 euros).
- « Adam et Ève et l’Arbre de Vie » (lot 17), rehaussée d’un émail bleu profond (1 500 – 2 000 euros).
Certaines boîtes se distinguent par l’usage audacieux de l’émail :
- « Poissons » (lot 20), en bronze doré et émail turquoise, véritable tableau miniature (8 000 – 12 000 euros).
- « L’Amour fait passer le temps… » (lot 22), longue boîte rébus mêlant blanc et noir (5 000 – 8 000 euros).
- « Je t’aime aujourd’hui plus qu’hier… » (lot 38), modèle recherché pour son émail rouge flamboyant (8 000 – 12 000 euros).
Un marché dynamique porté par les collectionneurs internationaux
Les œuvres de Line Vautrin connaissent depuis plusieurs années une ascension spectaculaire sur le marché.
Les boîtes en bronze doré ou argenté figurent parmi les catégories les plus demandées, notamment lorsque le motif est répertorié dans des expositions majeures comme celles du Musée des Arts Décoratifs (1999) ou du Museum für Kunst und Gewerbe de Hambourg (2003).
Les modèles uniques ou dotés d’émaux colorés, comme « Crocodiles » (lot 58) ou « Femme et poissons » (lot 35), devraient particulièrement attirer les enchérisseurs (8 000 – 15 000 euros).
Une vente monographique rare
Rassembler autant de boîtes issues de différentes périodes de création, des années 1940 aux années 1950 et quelques pièces plus tardives, relève de l’événement.
Chaque lot révèle une facette du génie de Line Vautrin : humour, poésie, technique ciselée, et une extraordinaire capacité à transformer le bronze en objet intime et mystérieux.
Pour les collectionneurs comme pour les amateurs d’arts décoratifs, cette vacation constitue une occasion unique d’acquérir des modèles emblématiques, certains rares, d’autres strictement uniques.
En UNE : © Digard Auction. Line Vautrin (1913-1997), Boîte « La pêche aux poissons », vers 1980, bronze doré partiellement émaillé avec pilulier amovible, signée et monogrammée, provenance Marie-Laure Bonnaud-Vautrin puis collection particulière, estimée 10 000–15 000 euros.






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