Un sujet récurrent dans l’œuvre de Guardi

Le tableau proposé par Bonhams — une vue de Santa Maria della Salute prise depuis l’entrée du Grand Canal — appartient à l’un des motifs les plus répétés par Francesco Guardi tout au long de sa carrière. La basilique, la Punta della Dogana et le ballet des embarcations figurent parmi les images les plus familières du peintre, qui en a produit de nombreuses variantes, tant en huile sur toile qu’en dessin.
Ce type de veduta se retrouve très régulièrement sur le marché, dans des formats et des qualités variés, ce qui en fait un sujet apprécié mais loin d’être rare. L’œuvre mise en vente le 3 décembre s’inscrit clairement dans cette tradition : une composition classique, fidèle aux conventions du peintre, sans innovation marquante.

Francesco Guardi (Venice 1712-1793)
The Church of Santa Maria della Salute, Venice, with the entrance to the Grand Canal and the Punta della Dogana beyond
huile sur panneau, 23.8 x 35.5cm (9 3/8 x 14in). © Bonhams Londres.

Une provenance longue et continue

Le principal atout de ce tableau réside dans sa provenance particulièrement bien documentée. Il apparaît d’abord dans la collection londonienne de D.P. Sellar, avant d’être vendu chez Christie’s en 1888 avec son pendant représentant la Dogana. Il rejoint ensuite la collection de Stephenson Clarke et demeure dans sa famille jusqu’à la vente Christie’s de 1993. Plus récemment, il a circulé dans une collection privée en Grèce et a été revendu en 2016 chez Christie’s comme Property of a Lady.
Cette traçabilité sur plus d’un siècle constitue un élément rassurant pour les acheteurs, notamment dans le domaine des vedute vénitiennes où l’on rencontre fréquemment des œuvres d’ateliers ou de qualité inégale.

© Bonhams Londres

Sur le plan artistique, le tableau présente les caractéristiques que l’on attend d’une veduta tardive de Guardi : une touche rapide, des effets atmosphériques sensibles, un rendu vibrant de la lumière lagunaire. La basilique de la Salute domine la composition, tandis que la ligne d’horizon et les petites embarcations animent la scène sans détourner l’attention du monument principal.
Pour autant, l’œuvre n’offre pas de singularité particulière et s’inscrit dans une formule éprouvée par le peintre. Elle correspond à ce que les collectionneurs qualifient souvent de « Guardi classique » : une peinture agréable, identifiable, décorative et conforme à ce que l’on attend du marché des vedute.

Un marché stable pour ce type de sujet

Les vues de la Salute par Guardi atteignent généralement des prix compris entre £150 000 et £350 000, selon la qualité, la fraîcheur de la surface picturale et l’intérêt de la composition. La fourchette proposée par Bonhams, comprise entre £200 000 et £300 000, se situe ainsi dans la zone médiane du marché, traduisant une attente réaliste plutôt qu’ambitieuse.
La demande pour ce type de tableau demeure stable : ces œuvres répondent parfaitement aux attentes des collectionneurs de maîtres vénitiens, mais n’appartiennent pas au segment des Guardi les plus recherchés, tels que les grandes compositions animées ou les vues moins courantes de la lagune.

Une valeur sûre

Ce Guardi ne constitue pas un tournant sur le marché, mais représente une valeur sûre pour un collectionneur souhaitant acquérir une veduta de bonne tenue, dotée d’une provenance solide et d’un sujet emblématique. La vente du 3 décembre devrait ainsi confirmer l’intérêt constant pour les vues vénitiennes classiques, sans provoquer de surprise majeure, mais en maintenant un segment du marché particulièrement stable depuis plusieurs années.


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