Puisque la fin de l’année approche, prenons un instant pour revenir ensemble sur les artistes majeurs entrés dans le domaine public en 2025 et sur les changements que cela a entraîné pour le monde de l’art. Parmi eux : Henri Matisse, Frida Kahlo et André Derain, trois figures dont les œuvres ont retrouvé cette année une nouvelle liberté de diffusion et d’interprétation.

Le domaine public, seconde vie des œuvres

Chaque début d’année marque l’entrée de nouveaux artistes dans le domaine public — cette période où leurs œuvres cessent d’être soumises aux droits patrimoniaux.
En Europe, la règle est simple : les créations deviennent libres 70 ans après la mort de leur auteur. Cela permet à chacun — musées, éditeurs, créateurs, enseignants ou simples amateurs — de reproduire et partager les œuvres sans devoir verser de droits, tout en respectant le droit moral, toujours en vigueur (nom, intégrité, respect du sens original).

En 2025, cette échéance a concerné plusieurs géants de l’art du XXᵉ siècle, dont Matisse, Kahlo et Derain. Et leurs entrées dans le domaine public n’ont pas été sans conséquence.

Matisse : la couleur retrouvée

Avec l’entrée de Matisse dans le domaine public au 1ᵉʳ janvier, le monde de l’édition et des musées s’est soudain ouvert à un immense répertoire visuel.
Ses papiers découpés, ses toiles fauves et ses sculptures ont pu être reproduits librement, sans autorisation ni redevance. Plusieurs institutions, à Nice ou à Paris, ont ainsi renouvelé leurs catalogues d’exposition ou mis en ligne des reproductions en haute définition.

Au-delà de l’aspect juridique, 2025 a vu renaître un véritable engouement pour Matisse, dont la liberté de couleur et la pureté des formes se sont diffusées dans de nouvelles éditions, objets design ou projets pédagogiques. Une exposition au Musée d’Art moderne à Paris du 4 avril au 24 août 2025, belle illustration de cet engouement renouvelé.

Kahlo : le paradoxe

Le cas de Frida Kahlo a, lui, illustré les paradoxes du droit international.
Si ses œuvres sont désormais libres en Europe, elles restent protégées au Mexique jusqu’en 2055, la loi locale appliquant la règle du vie + 100 ans.
Ajoutons à cela que le nom “Frida Kahlo” et son image sont déposés comme marques commerciales, ce qui limite les usages à des fins publicitaires ou marchandes, même en Europe.

Malgré ces restrictions, 2025 a vu fleurir de nombreuses publications et rééditions autour de son œuvre. Pour la première fois, les éditeurs européens ont pu reproduire librement ses tableaux, souvent connus jusque-là par fragments ou droits restreints.
Cette redécouverte a aussi permis de réinscrire Frida Kahlo dans l’histoire de la peinture, au-delà du mythe et de la figure d’icône populaire qu’elle était devenue.

Autoportrait, Frida Kahlo, 1940.

Derain : le fauvisme sous un nouveau jour

Moins médiatique, mais tout aussi important, le passage au domaine public d’André Derain a offert une nouvelle visibilité à son œuvre.
Ses paysages du Midi, ses nus lumineux et ses compositions néo-classiques ont retrouvé les murs des expositions, les pages des livres et les vitrines des librairies d’art.

Pour les historiens comme pour les éditeurs, cette libération a été l’occasion de réévaluer Derain, trop souvent réduit à sa période fauve.
2025 aura ainsi permis de rétablir un dialogue critique autour d’un peintre complexe, dont l’œuvre s’étend bien au-delà des éclats colorés de ses débuts.

Ce que 2025 a changé

Cette année aura rappelé que le domaine public n’est pas la fin d’un droit, mais le début d’une nouvelle circulation du savoir et de l’image.
Grâce à l’entrée de Matisse, Kahlo et Derain, éditeurs, institutions et créateurs ont pu repenser leurs approches : publications en ligne, rééditions grand public, objets culturels ou contenus numériques.Et derrière ces nouvelles libertés, une conviction commune : plus l’art circule, plus il vit.
Alors que 2026 s’annonce, d’autres artistes s’apprêtent à rejoindre ce patrimoine commun — on se donne rendez-vous en janvier pour connaître les artistes qui entreront dans le domaine public.


En savoir plus sur Chronica Artis

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire

Tendances

En savoir plus sur Chronica Artis

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture