Le 29 octobre dernier à Florence, la maison de ventes Pandolfini a vu une spectaculaire envolée : une Sainte Catherine d’Alexandrie, simplement cataloguée « École française du XVIIIe siècle » et estimée entre 20 000 et 30 000 euros, a finalement été adjugée pour plus de 500 000 euros. Très vite, plusieurs spécialistes ont suggéré sur les réseaux sociaux un nom autrement prestigieux : Laurent de La Hyre, maître du classicisme parisien du XVIIe siècle.
Une « école française » pas si anonyme
Présentée comme une œuvre tardive d’inspiration néoclassique, la toile — de grande dimension (174 × 123,5 cm) — se distingue pourtant par une rigueur et une retenue plus proches du Grand Siècle. On y voit Sainte Catherine d’Alexandrie, debout devant sa roue de supplice, entourée d’hommes médusés ; au-dessus d’elle, des angelots dans les nuées ; à l’arrière-plan, un édifice antique en ruines.
Autant d’éléments caractéristiques d’un style classique et ordonné, bien éloigné de la vivacité d’un XVIIIe siècle tardif. Dès la publication du résultat, plusieurs connaisseurs ont évoqué une attribution possible à Laurent de La Hyre.

Huile sur toile, 174 × 123,5 cm.
Pandolfini, Florence, vente du 29 octobre 2025, estimée 20 000 – 30 000 euros, adjugée 500 000 euros.
Laurent de La Hyre, le classicisme apaisé
Né à Paris en 1606, Laurent de La Hyre appartient à cette génération charnière qui, après le maniérisme, cherche un nouvel équilibre entre émotion et raison. Sans jamais voyager en Italie, il assimile les leçons de l’École de Fontainebleau et de Raphaël, développant une peinture d’une limpidité exemplaire : dessin précis, lumière dorée, figures idéalisées et gestes mesurés.
Membre fondateur de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1648, il incarne à Paris le courant dit de l’atticisme, attaché à une beauté sobre, presque architecturale. Ses grandes allégories — telle l’Allégorie de la Musique (1649, Metropolitan Museum of Art) — illustrent cette élégance intellectuelle où la composition prime sur la passion.

Une sainte aux accents de La Hyre
L’attribution proposée n’a donc rien d’invraisemblable. Dans cette Sainte Catherine, la construction pyramidale, la serenité du visage, la lumière uniforme et l’architecture antique en arrière-plan rappellent les grandes toiles religieuses que La Hyre peignit dans les années 1630-1640. La figure féminine, drapée d’un voile blanc translucide, évoque par sa grâce retenue les allégories chères au peintre.
Le geste sobre, la monumentalité calme, la perspective maîtrisée : tout concourt à rattacher l’œuvre à ce classicisme français naissant, à mi-chemin entre la ferveur baroque italienne et la rigueur morale du XVIIe français.


Le Rapt d’Europe, vers 1645
Huile sur toile, 135 × 163 cm
Paris, musée du Louvre
Le prix d’une redécouverte
L’explosion du prix — de 30 000 à plus d’un demi-million d’euros — reflète l’excitation d’un marché toujours sensible aux réattributions majeures. Une œuvre autographe de La Hyre, rare sur le marché, aurait sans peine justifié une telle adjudication.
Reste à confirmer l’hypothèse : signature, analyses techniques et provenance permettront de trancher. Quoi qu’il en soit, cette vente souligne l’intérêt renouvelé pour les maîtres du classicisme français, longtemps éclipsés par les grands baroques italiens.
Et si, derrière cette Sainte Catherine, se cachait effectivement la main mesurée et lumineuse de Laurent de La Hyre ?






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