J’ai toujours été fascinée par l’art celte, à l’occasion d’un cours sur le sujet en licence d’Histoire de l’art, j’ai travaillé sur plusieurs objets fascinants qui vont faire l’objet d’une série d’article sur Chronica Artis.
La force de cet art réside dans ses formes mystérieuses, ses symboles foisonnants, mais aussi dans la manière dont il relie l’art, la spiritualité et la science. Aujourd’hui, j’aimerais partager avec vous une découverte qui m’a marquée : le dôme aux dragons de Roissy, une pièce exceptionnelle datée du début du IIIᵉ siècle avant J.-C., conservée au Musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye.

Décor ajouré provenant d’une tombe à char de Roissy-en-France. H. 13,6 cm ; L. 10,6 cm.
Une découverte archéologique majeure
Cet objet en bronze, de plus de 20 centimètres de diamètre, a été mis au jour lors de fouilles sur le site de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Associé à une applique zoomorphe ailée fixée sur un support en bois, il a été retrouvé dans une tombe à char, mais sans armes. Cette absence intrigue les chercheurs : elle laisse penser que le défunt n’était pas un guerrier, mais peut-être un druide, personnage central de la société celte, à la fois prêtre, savant et dépositaire du savoir.
Imaginer ce dôme accompagner un druide dans l’au-delà donne immédiatement une autre dimension à l’objet : il n’était sans doute pas qu’un simple récipient ou un élément décoratif, mais un artefact lié à des rituels, peut-être de divination ou de médecine.
Un objet à la croisée de l’art, de la religion et de la science
Ce qui rend ce dôme fascinant, c’est qu’il unit l’esthétique et la connaissance. Fabriqué en bronze selon la technique de la cire perdue, il témoigne d’une grande maîtrise artisanale. Son décor est d’une richesse incroyable : monstres, dragons stylisés et motifs géométriques s’enchaînent en trois registres superposés.
Les artisans celtes ne se sont pas contentés d’orner l’objet : ils y ont intégré des formes mathématiques complexes comme des pentagones et des triangles équilatéraux, liés au nombre d’or. Cette précision géométrique révèle une compréhension avancée des mathématiques, mise au service de l’art et de la symbolique.
Trois registres, trois visions du monde
En observant le dôme, on est frappé par l’organisation de ses trois registres :
- Le registre inférieur présente une alternance de dragons à la gueule ouverte et de créatures plus petites dont la gueule se termine par une sphère. Cette alternance pourrait symboliser l’équilibre cosmique, idée essentielle dans la pensée celtique.
- Le registre médian montre trois dragons plus réalistes, reliés par leurs gueules et leurs queues, alternant avec trois sphères. Le dragon, dans de nombreuses mythologies, est un gardien de savoirs cachés : ici, il semble relier la force et la sagesse.
- Le registre supérieur concentre l’énergie de l’ensemble : un bouton central où se mêlent crinières, naseaux et mâchoires de dragons. Ce mélange évoque la métamorphose, thème central dans la mythologie celtique, où la frontière entre nature et surnaturel est toujours poreuse.
On lit ainsi dans cet objet une réflexion sur la transformation, la dualité et la circulation des forces – des notions clés dans l’univers celte.
Pourquoi cet objet me touche particulièrement
En découvrant le dôme aux dragons de Roissy, j’ai eu envie de le partager avec vous, car il illustre tout ce que j’aime dans l’art celte : son mélange de puissance esthétique, de symbolisme profond et de savoir scientifique.
Ce n’est pas seulement un bel objet ancien exposé derrière une vitrine : c’est une fenêtre ouverte sur une civilisation qui liait intimement l’art et la pensée. En contemplant ses dragons, ses spirales et ses structures géométriques, on comprend que les Celtes avaient une manière unique de représenter le monde : en mouvement, en transformation, en équilibre constant.
Transmettre cet héritage, c’est aussi rappeler que l’art celte fait partie de notre histoire culturelle européenne, et qu’il continue de nous inspirer aujourd’hui, dans le design, la joaillerie ou encore les arts visuels.
Un témoin précieux d’une culture en mouvement
Le dôme aux dragons de Roissy est bien plus qu’un objet archéologique : il est le reflet d’une société où l’art, la religion et la science ne faisaient qu’un. À travers lui, nous entrevoyons un monde où les symboles se chargent de sens, où les formes géométriques deviennent langage spirituel, et où chaque détail raconte l’identité d’un peuple.
Et si, la prochaine fois que vous croisiez une spirale ou un dragon stylisé, vous y voyiez un clin d’œil des Celtes, gardiens d’un art à la fois mystérieux et universel ?
Bibliographie :
DUVAL Paul-Marie, Les Celtes, l’univers des formes, Gallimard, 2009, pp 178-182.
ÉLUÈRE Christiane, L’art des Celtes, Paris, Citadelles & Mazenod, 2004, pp 254.
HUBERT Antoinette, Gaulois d’ici et d’au-delà : les Parisii en Plaine de France : exposition, Louvres, ARCHÉA, Musée d’archéologie en Pays de France, ARCHÉA Louvres, Val-d’Oise; Roissy-en-France : Roissy-Porte-de-France,2014, pp 102-103.
Site du musée national archéologique de Saint-Germain-en-Laye.






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