Longtemps perçu comme un peintre académique mineur, Delphin Enjolras (1857-1945) revient sur le devant de la scène grâce à un marché de l’art de plus en plus sensible à la peinture de charme, raffinée et décorative. Ses jeunes femmes à la peau diaphane, éclairées à la bougie ou par une lampe, rencontrent aujourd’hui un véritable engouement en ventes publiques, notamment à l’international.

Delphin Enjolras, Le Livre favori, collection privée.

Un académisme à contre-courant du goût moderne ?

Formé à Paris auprès de Jean-Léon Gérôme et Pascal Dagnan-Bouveret, Enjolras expose dès 1890 au Salon. Ses débuts dans la peinture de paysage laissent rapidement place à une spécialisation qui fera sa renommée : des scènes d’intérieur au parfum de Belle Époque, où des femmes élégantes s’adonnent à la lecture, à l’écriture ou à la rêverie, baignées dans une lumière douce, souvent nocturne.

À une époque où l’avant-garde bouleverse les codes, Enjolras maintient un vocabulaire académique, qu’il adapte à la sensibilité bourgeoise de son temps. Résultat : une œuvre subtile, technique, très codifiée, qui séduit aujourd’hui collectionneurs et amateurs de peinture figurative.

Une cote stable… mais en légère regression

Si ses prix étaient encore modestes dans les années 1990, le marché a connu une inflexion à la hausse. Ses huiles et pastels atteignent régulièrement 10 000 à 40 000 euros en salle des ventes. Les sujets les plus prisés ? Les scènes de boudoir, les nues partiels, les lampes tamisées et les jeunes femmes en peignoir, souvent représentées en situation d’intimité silencieuse.

Chez Sotheby’s, Christie’s, Artcurial ou encore Bonhams, ses œuvres trouvent acquéreur, souvent à des montants supérieurs aux estimations. En janvier 2022, une huile intitulée Jeune femme lisant à la lumière d’une lampe a été adjugée près de 85 000 € à Londres, doublant son estimation haute. Plus récemment encore, un pastel de petit format s’est vendu à 27 000 € chez Cornette de Saint Cyr, preuve que la demande reste soutenue, notamment en Asie et aux États- Unis. Le marché est centré à 43 % en France selon Artprice, avec un second grand marché au Royaume-Uni. Mais sa cote accuse une légère baisse alors que ses oeuvres réalisaient de très bons prix aux enchères au début des années 2000.

Une production pensée pour le marché

Enjolras avait parfaitement anticipé les attentes de son époque. Très tôt, il adapte sa production à une logique commerciale : petits formats, sujets récurrents, qualité constante. Il peint au pastel, à l’aquarelle et à l’huile, et soigne la présentation de ses œuvres, souvent destinées à la classe moyenne aisée ou à des collectionneurs privés.

En cela, il se rapproche de peintres comme Vincenzo Irolli ou Émile Vernon, eux aussi redécouverts ces dernières années pour leur peinture décorative et accessible, à forte identité visuelle.

Delphin Enjolras, Au piano, collection particulière.

Une figure à redécouvrir

Bien que peu représenté dans les grands musées français (quelques œuvres à Avignon et au Puy-en-Velay), Delphin Enjolras est aujourd’hui plus visible sur le marché que dans les institutions. Les galeries spécialisées, comme Haynes Fine Art au Royaume-Uni ou Ruzhnikov à Londres, valorisent son œuvre auprès d’une clientèle internationale.

La redécouverte d’Enjolras s’inscrit dans une tendance plus large : le retour en grâce de la peinture de genre, féminine et raffinée, longtemps éclipsée par les avant-gardes. Dans un marché fragmenté, son œuvre séduit par sa constance, sa délicatesse et sa capacité à conjuguer émotion, lumière et sensualité discrète.


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