Et si la clé pour comprendre les sociétés anciennes se cachait dans un grain de pollen ? C’est le pari – aujourd’hui gagné – de la palynologie, cette science née au début du XXe siècle. En 1916, le botaniste suédois Lennart von Post publie des recherches novatrices : en étudiant les sédiments des lacs et des tourbières, il démontre que les grains de pollen, invisibles à l’œil nu mais exceptionnellement résistants, permettent de reconstituer l’histoire de la végétation, et donc de l’environnement passé. Une révolution. Plus d’un siècle plus tard, cette discipline est devenue un outil central de l’archéologue.

Interdisciplinaire par nature – entre botanique, géologie, archéologie et biologie – la palynologie s’appuie désormais sur des technologies de pointe : carottages, spectrométrie de masse, microscopie électronique… Son terrain d’exploration ? Les sols anciens. Son objectif ? Reconstituer les paysages, les climats, les pratiques agricoles, et l’alimentation des populations du passé. Un savoir précieux, en particulier pour les sociétés dites anépigraphiques, celles qui n’ont laissé ni récits, ni inscriptions.

Quand les pollens remplacent les archives

De ces sociétés sans écriture, les grains de pollen sont des témoins muets mais éloquents. En analysant leur concentration dans les couches sédimentaires d’un site, les palynologues peuvent identifier les types de végétation présents à différentes époques, et en déduire les usages humains : agriculture, défrichage, exploitation forestière ou encore culture de plantes médicinales.

Les pollens de céréales révèlent la présence de champs ; ceux d’arbres et d’arbustes dessinent les contours de forêts anciennes. Les spores de moisissures, quant à elles, renseignent sur les conditions de stockage des denrées. Mieux encore : les espèces non indigènes détectées trahissent parfois des échanges commerciaux ou culturels entre régions lointaines.

À la recherche des Celtes

Appliquée aux sociétés celtes depuis les années 1960-70, la palynologie a transformé notre compréhension de leur mode de vie. En croisant les données issues de plusieurs sites en France, en Allemagne ou en Suisse, les chercheurs ont pu retracer l’essor d’une agriculture organisée, déjà bien structurée à l’âge du Fer : céréales (engrain, épeautre, blé), légumineuses (lentilles, pois), oléagineux (lin, moutarde noire, pavot)… autant de cultures révélées par l’analyse des sols.

Sur le site de Glauberg, en Allemagne, les sédiments ont parlé : agriculture extensive, exploitation du bois pour les constructions et outils, et présence significative de pollens de plantes cultivées indiquent une occupation humaine soutenue et structurée. Des graines de pavot retrouvées sur d’autres sites suggèrent également des usages médicinaux ou rituels.

Un outil pour faire parler les civilisations silencieuses

Au-delà des pratiques agricoles, la palynologie permet aussi d’entrer dans l’intimité des sociétés anciennes : que mangeait-on ? Comment conservait-on les aliments ? Comment gérait-on l’environnement ? Autant de questions auxquelles cette science répond avec une finesse unique.

En révélant l’histoire des sols, elle éclaire celle des hommes : leurs habitudes, leurs choix économiques, leurs croyances parfois. Dans le cas des Celtes, elle a mis en lumière non seulement leur interaction avec le paysage, mais aussi les conséquences écologiques de leur expansion, parfois marquées par l’érosion des terres et la réduction des forêts.


Science discrète mais puissante, la palynologie donne une voix aux civilisations oubliées. Elle comble les silences de l’histoire en scrutant l’infiniment petit, et rappelle que parfois, ce sont les traces les plus minuscules qui racontent les plus grandes histoires.

BIBLIOGRAPHIE : 

BERTRAND Isabelle, DUVAL Alain, Habitats et paysages ruraux en Gaule et regards sur d’autres régions du monde celtique, Actes de XXXIe colloque international de l’Association française pour l’étude de l’Age du Fer, 2007, Chauvigny, pp. 383-400.  

KRUTA Venceslas, Les Celtes : Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, 2000, Paris, pp. 172. 

LÉZINE Anne-Marie, Le pollen : outil de l’étude de l’environnement et du climat au quaternaire, Vuibert, 2008, Paris, pp. 40-43. 

RICHARD Hervé, Histoire & Mesure, palynologie et climat,  Éditions du CNRS, 1988, Paris, pp. 370-384. 


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