Auguste Rodin (1840-1917) conçoit Le Baiser à l’origine pour La Porte de l’Enfer, grand projet inspiré de Dante. Le groupe sculpté, présenté en bronze dès 1887, devient rapidement une œuvre autonome. En 1898, Rodin signe avec la fonderie Barbedienne un contrat exclusif pour éditer l’œuvre en plusieurs tailles. Le modèle présenté ici, haut de 59,4 cm, correspond à la deuxième réduction produite à partir de 1904. Fondu entre juillet et septembre 1904, l’exemplaire en vente porte la signature de Rodin, le cachet de Barbedienne, un numéro de fonderie, et une inscription gravée en toutes lettres : « LES ADMIRATEURS DE L’ESCRIME FRANÇAISE / A LUCIEN MERIGNAC / BUENOS-AYRES 1904 ».
Un Baiser de Rodin pour l’ambassadeur de l’escrime française
Lucien Mérignac (1873-1941) est l’un des plus grands maîtres d’armes de son temps. Fils d’un célèbre escrimeur parisien, il remporte la médaille d’or aux Jeux olympiques de Paris en 1900. En 1903, il entame une tournée en Europe et en Amérique latine. L’année suivante, il s’installe à Buenos Aires pour diriger la salle d’armes du prestigieux Jockey Club. Il y forme plusieurs centaines d’élèves et épouse une jeune Argentine, Christina Ruiz de Castillo. Ce bronze du Baiser aurait été offert à l’occasion de ce mariage. « L’inscription fait de cette œuvre un exemplaire unique, à la fois sculpture de collection et témoignage historique », précise un expert de la vente.
Au début du XXe siècle, Rodin est l’un des artistes européens les plus admirés en Argentine. Soutenu par le critique Eduardo Schiaffino, plusieurs de ses œuvres majeures rejoignent l’espace public de Buenos Aires, dont Le Penseur en 1907. Ce soutien institutionnel s’accompagne d’un fort engouement privé, comme en témoigne le cercle du Jockey Club, où les collectionneurs et amateurs éclairés contribuent à diffuser son œuvre bien au-delà des frontières françaises.
Les oeuvres de Rodin aux enchères
Les œuvres de Rodin, en particulier les exemplaires du Baiser, suscitent un intérêt constant sur le marché. En 2017, une version similaire de 60 cm fondue par Barbedienne a été adjugée 428 000 euros à Londres. Trois ans plus tard, une autre épreuve, portant également un envoi gravé, s’est envolée à 512 000 euros lors d’une vente à New York. Plus récemment, en 2023, un bronze de L’Éternel Printemps, autre sculpture emblématique éditée par Barbedienne, a été vendu 610 000 euros à Paris. Cette dynamique soutenue des enchères témoigne de l’attrait des collectionneurs pour les éditions anciennes de Rodin, d’autant plus lorsqu’elles présentent une provenance singulière, comme c’est le cas ici avec l’exemplaire dédié à Lucien Mérignac.
En Une : Le Baiser de Rodin aux enchères chez Chauviré et Courant en Maine-et-Loire, vendredi 25 avril 2025.
Crédit : ADER/E.Robin/E.Brossette/ Chauviré & Courant






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