Cet objet est un bol de forme semi-sphérique. Il semble que ce soit une pièce de céramique, à pâte argileuse. Le fond semble plat, ce qui permettrait à l’objet de reposer fermement sur une surface. Il apparaît comme étant en bon état de conservation malgré quelques fissures.  Sa couleur dominante jaune, contrastée par des motifs en vert, noir et blanc cassé, suggère une appartenance à la catégorie des céramiques « Buff-Ware ». Cette appellation « Buff-Ware » caractérise une production de céramiques à pâte jaunâtre et c’est un terme défini par Wilkinson dans les années 1930. Ces céramiques ont été découvertes à l’issue de fouilles menées par le Metropolitan museum en 1935, c’est une série de céramiques trouvées dans les ruines de la vieille ville de Nishapur au Nord-Est de l’Iran. Elles sont datées des IX ème et X ème siècle, ce qui établit la date de création de cette pièce à cette période. Nishapur était le centre de production majeur de la dynastie des samanides. Ainsi, ce bol reflète de nombreux éléments liés à ce contexte samanide. 

Quels aspects de l’identité artistique et culturelle samanide ce bol en céramique de Nishapur révèle-t-il à travers sa forme, ses couleurs et son iconographie ?

Le décor de ce bol en céramique apparaît comme résultant de la technique de la peinture sur engobe. Avec cette technique, les motifs sont peints sur une couche d’engobe avant la cuisson. Cette technique permet une grande précision dans le dessin. La clarté des couleurs et la précision des détails suggèrent une maîtrise technique élevée de la part de l’artiste. 

Les couleurs sur les céramiques de Nishapur sont souvent obtenues à l’aide d’oxydes métalliques qui réagissent à la chaleur lors de la cuisson. Pour la couleur jaune du fond de la pièce, l’oxyde de fer semble avoir été utilisé. Lorsqu’il est utilisé en petite quantité, il peut produire une variété de jaunes, allant d’une teinte pâle à une couleur plus soutenue.Pour les parties vertes, l’oxyde de cuivre aurait été utilisé, c’est la source traditionnelle de la couleur verte en céramique. Pour les parties noires, c’est probablement de l’oxyde de manganèse. Après la décoration, la pièce est souvent recouverte d’une glaçure transparente pour la protéger et lui donner un aspect brillant.

Du côté de l’iconographie, on peut observer sur les bordures du bol, des motifs linéaires sinueux qui imitent la calligraphie kufique. Bien que décoratifs, ils réalisent une intégration de l’écriture comme élément ornemental, ce qui est caractéristique de l’art islamique. Ces éléments iconographiques, couplés à la maîtrise technique, indiquent que l’objet pouvait appartenir à un individu de haut rang ou être destiné à un marché de luxe.

Ce bol présente un décor avec une iconographie très intéressante. Au centre de l’objet, une scène équestre est représentée en mouvement, donnant l’impression d’une scène dynamique. Le cavalier, sur son cheval est vêtu d’une tunique verte et tient ce qui semble être une longue perche ou une lance. De son autre main, il semble tenir les rênes du cheval. Son visage est esquissé de manière stylisée avec des traits noirs, les cheveux sont rassemblés en chignons et les deux sourcils se rejoignent. Autour du cavalier on observe des motifs floraux qui viennent encadrer le personnage, ajoutant une touche de nature à la scène. On observe également un oiseau, peut être un coq. Certains thèmes présents sur les céramiques Buff-Ware sont rapprochés de l’iconographie sassanide (iconographie de l’Iran pré-islamique). Les représentations de figures similaires à celle sur le bol sont souvent associées à un motif de chasse sassanide, mais l’image pourrait aussi représenter un joueur de polo. Dans la culture sassanide, la figure équestre était souvent associée à la royauté, à la chasse et au combat. Le fait que le cavalier tient ce qui ressemble à une lance pourrait indiquer qu’il est engagé dans une sorte d’activité de chasse ou de combat. Cependant, dans le contexte islamique de Nishapur, cette figure pourrait également être interprétée comme un joueur de polo, un sport très prisé à l’époque médiévale en Perse. Ce type de représentation de cavalier peut également avoir un lien avec les défilés à cheval organisés lors des grandes fêtes et célébrations samanides. 

La présence d’oiseaux et de motifs floraux autour du cavalier ajoute une dimension naturelle à la scène. Cela pourrait symboliser la prospérité, la vie et l’harmonie entre l’homme et la nature. Les oiseaux, en particulier, sont souvent utilisés dans l’art islamique pour symboliser l’âme ou la spiritualité. La maîtrise technique manifeste dans la céramique indique qu’elle était probablement l’œuvre d’un artisan qualifié.

Pour conclure, ce bol s’inscrit donc dans une tradition artistique qui mélangeait l’ancien et le nouveau, témoignant de l’importance du sport, de la nature, et de la spiritualité dans la vie quotidienne de l’époque. Il illustre comment les artisans de Nishapur ont fusionné des éléments iconographiques de différentes origines pour créer des objets qui étaient à la fois artistiquement raffinés et culturellement significatifs, contribuant ainsi à notre compréhension de la complexité de la période samanide. La complexité et la richesse de l’iconographie reflètent la profondeur et la diversité de la culture à Nishapur pendant la période islamique.


En savoir plus sur Chronica Artis

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire

Tendances

En savoir plus sur Chronica Artis

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture